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“JE CROIS À LA MIXITÉ DES DISCIPLINES“ Sovann Kim.

Artiste et designer, Sovann Kim a fait ses premières armes chez Jean-Michel Wilmotte avant de fonder son atelier de design en 1999. Les mobiliers liés aux projets de transports collectifs comme les tramways et les BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), les mâts d’éclairage et le mobilier urbain sont ses principaux domaines d’intervention. Par ailleurs, il développe un travail personnel artistique représenté par la Galerie Catherine Putman à Paris.

> Quelles sont les qualités premières d’un mobilier urbain ?
C’est en premier lieu de rendre service, puis d’accompagner et de structurer un projet d’aménagement d’espace public. Et ils doivent aussi inviter à la rêverie. [... ] c’est en quelque sorte “emmener les gens ailleurs“, et cela me semble aussi essentiel que les qualités fonctionnelles, techniques ou d’accessibilité qu’il faut par ailleurs maîtriser. 

> Comment conciliez-vous votre liberté de création et les contraintes imposées par les maîtres d’ouvrage et les fabricants, plus encore en période de crise ?
Il est important de travailler avec les industriels : cela permet de s’immerger dans les contraintes techniques et commerciales de chaque entreprise, d’en saisir l’histoire aussi. […] à nous d’être innovant, d’optimiser les coûts, sans rogner sur la qualité. Dessiner avec retenue et justesse prend tout son sens. C’est aussi très intéressant comme période !

> Quelles sont les perspectives d’évolution du mobilier urbain ?
Il y a quelques années, on avait tendance à « surdessiner » pour légitimer l’intervention de design. Je crois davantage à une approche de conception et de dessin plus sobre et lisible. […] Pour ma part, ayant cette double activité artistique et de design, ces passerelles se font peut-être plus naturellement. C’est en tout cas une évolution - et pas seulement pour le mobilier urbain - à laquelle je crois : le décloisonnement et la mixité des disciplines. Les usages évoluent aussi et génèrent d’autres services, mais les principaux besoins restent : pouvoir se poser en ville, éclairer, organiser les espaces, etc.

> Les mobiliers multifonctions sont-ils appelés à se développer ?
Un travail en cours avec l’entreprise Aréa devrait aboutir très prochainement à un mobilier qui réunira des usages complémentaires : mais ce sera une « évidence », et non une juxtaposition de fonctions. […] Avec le “multifonctions“, le risque est de générer une pollution visuelle supplémentaire et de perdre de la simplicité. Or un banc, c’est très simple, une corbeille aussi. Je crois à la simplicité et à la lisibilité des objets, et préfère l’idée d’objets multiusages.  […] .

> Avec le risque de détournements d’usages...
[…]  Les détournements d’usages font partie de la vie de la ville. Plus l’objet est ouvert, plus les usages sont inattendus. Je ne suis pas pour un mobilier « restrictif ». Néanmoins, il faut savoir répondre aux demandes des villes qui ont des impératifs liés à la maintenabilité, à la sécurité des usagers, à la propreté, etc. On doit trouver, conjointement avec le maître d’ouvrage, de la justesse et du sens à travers chaque réponse. 

Propos recueillis par Marie-Christine Vatov, 
Traits Urbains n° 62 - été 2013 [ Extraits ]

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